Nos ailes chéries se portent-elles bien ?

Par Laurent Van Hille, https://parapente360.com, contact@parapente360.com

Depuis quelques années, Demenciel organise en fin de saison un contrôle de voile centralisé. Ça permet de faire baisser un peu le prix des révisions et d’éviter les aller-retours individuels vers les ateliers de contrôle.

Mais quand et pourquoi doit-on faire contrôler son aile ?

Quand et pourquoi dois-je faire contrôler mon aile ?

1 – En cas d’incident :
Si votre aile finit dans un arbre, sur un toit, une barrière ou tout objet pouvant l’endommager. Faites d’abord un premier contrôle visuel. Regardez l’ensemble de l’aile et cherchez des déchirures, des déformations, des suspentes cassées ou dégainées. Ces signes indiquent que l’aile a subi une contrainte anormale qu’il est bon de faire vérifier par un atelier spécialisé.
Note : finir dans l’eau n’est pas un incident de vol. Juste une manière anormale de se poser 😉

2 – Pour contrôler son vieillissement :
Votre aile vieillit lorsque vous l’utilisez. Mais aussi lorsqu’elle attend sagement dans votre placard la saison suivante… Si si, elle vieillit aussi quand vous ne l’utilisez pas.
Les ateliers vous conseilleront un contrôle annuel/toutes les 100 heures de vol. Est-ce pour se couvrir, vous couvrir ou pour faire marcher leur tiroir-caisse, honnêtement, je n’en sais rien. Mais il faut relativiser un peu.

  • On révisera plus souvent une aile qui vole beaucoup qu’une aile qui fait 10 vols par an.
  • On sait que plus une aile est performante, plus le calage risque de bouger.
  • Et on sait aussi que les tissus light sont moins résistants que les tissus classiques.
  • Enfin chaque aile possède un manuel de vol dans lequel les conditions de contrôles conseillées par le fabriquant sont indiquées.

En résumé… Parce que ça n’a pas l’air si simple comme ça. Si vous avez une aile école ou sortie école, ne vous tracassez pas. Si vous faites les quelques contrôles indiqués ci-dessous régulièrement, vous ferez un contrôle tous les 100 vols ou tous les deux ans pour vous rassurer. Mais il est rare de voir des ailes comme les Koyot, Eona, Alpha, Prymus, … être recalées à un contrôle.
Si par contre vous avez une aile plus allongée ou en tissus light, lorsque vous avez passé 100 heures ou deux ans, je vous conseille de la faire contrôler chaque année.

3 – Pour la vente :
Comme pour une voiture, un acheteur ne prendra pas le risque d’acheter une aile qui n’est pas contrôlée. Le contrôle n’est pas obligatoire pour la vente, mais il est fortement conseillé. Il rassurera l’acheteur et couvrira le vendeur.

Quel contrôle dois-je faire ?

Il y a trois types de contrôles. Bien sur chaque atelier crée ses propres produits. Mais c’est plus une question de présentation que de contenu/pratique.

1 – Le contrôle simple : c’est un contrôle de la résistance et du calage du suspentage + un contrôle de la porosité et de la résistance du tissu.

2 – Le contrôle complet : c’est un contrôle simple + un contrôle visuel de l’aile

3 – Le test en vol : c’est un contrôle de la « volabilité » de l’aile faite par un pilote dont les compétences permettent de déceler un comportement anormal de l’aile.

Donc si vous faites régulièrement le tour de votre aile (que vous regardez s’il n’y a pas de petit trou, de déformation, de taches d’usures, …) et que vous n’avez pas eu d’incident de vol… Un contrôle simple suffit.

Et si…

Et bien si vous avez eu ou que vous avez un doute sur l’état de votre aile lors d’un contrôle visuel, et bien vous en parlez d’abord avec votre revendeur. Le conseil dans ce cas fait un peu partie du SAV que les boutiques locales peuvent assurer au détriment des achats sur internet. Et j’ai bien dit VOTRE revendeur local.

Un contrôle qu’est-ce que c’est ?

Lors d’un contrôle simple (maintenant que vous savez que le contrôle complet n’est rien d’autre qu’un contrôle simple doublé d’un contrôle visuel) les ateliers contrôlent l’état du tissu et celui des suspentes.

1 – La porosité du tissu est mesurée à l’aide d’un « porosimètre ». Le porosimètre est un appareil qui mesure le temps qu’il faut pour faire passer 0,25 litre d’air sur une surface de 38,5 cm2 à une pression de 10mbar. Soit le poids d’une colonne d’eau de 100 mm de hauteur.
Et le résultat est rapporté sur une échelle d’usure (vert = bon et rouge = pas bon du tout !).

2 – A l’aide d’un dynamomètre de Bettsometer, ou « déchiromètre », on perce un trou à l’aide d’une aiguille à bout rond et on applique une force. Si le tissu se déchire avec une traction de 700 gr ou moins, la voile est déclarée hors d’usage.

3 – Le calage du suspentage: la longueur des suspentes est comparée au calage constructeur d’origine. La longueur des suspentes est mesurée à l’aide d’un système laser. Une variation de +/- 2 cm est tolérée.
En cas de faible écart (en général, les suspentes avant s’allongent et les arrières se raccourcissent avec le temps) un système de loops peut corriger le décalage. Mais en cas de trop grand écart, il sera recommandé de changer tout ou partie du suspentage.

4 – Et enfin la résistance des suspentes est mesurée à l’aide d’un dynamomètre calibré, on mesure la tension à laquelle une suspente casse. Selon les ateliers, les tolérances sont différentes. Chez certains la résistance minimale sera établie à la moitié de la résistance initiale de la suspente. Chez d’autres, ce sera une résistance à 6G ou 8G. Mais globalement si votre aile passe aux tests, c’est que vous succomberez aux G subis avant qu’elle ne casse.

Voilà ce qui est contrôlé et comment sur votre aile dans un atelier de révision.

Quels contrôles dois-je faire moi-même et comment ?

Comme évoqué plus haut, il y a une partie des contrôles que vous pouvez effectuer vous-même régulièrement.

1 – Au sol vous pourrez vérifier l’état général du tissu. Inspectez toute la voile. Intrados, extrados, bord d’attaque et bord de fuite (qui subissent le plus de frottement lors des exercices au sol). Mais aussi l’état des suspentes. Regardez s’il n’y en a pas une dont la gaine est abimée ou déformée.
Vérifiez aussi que vos maillons soient correctement fermés au niveau des suspentes. Ils ne doivent pas pouvoir se dévisser à la main. Si ce sont des connect, vérifiez que l’élastique de maintien est bien placé.
Enfin vérifiez la symétrie des longueurs de suspentes basse entre le côté gauche et droite de votre aile de temps en temps avec un ami.

2 – En l’air, vérifiez par transparence l’état du tissu. Avec le soleil au travers de la voile, on détecte de suite les éventuelles déchirures ou micro-trous.
Vous vérifierez aussi la garde de vos freins selon le schéma ci-dessous.

Si lors d’un de ces contrôles vous avez un doute, demandez à votre revendeur ou à un atelier de vous conseiller.

Voilà. Vous venez d’effectuer un contrôle visuel.

J’espère que ce petit article vous aidera à y voir plus clair pour vos futurs contrôles d’ailes.